Chers amis et chères amies de notre mission à l'Île-À-Vache

Le 7 janvier 2010, j'ai reçu un téléphone d'une compagne haïtienne Francieuse Classin, pour m'annoncer qu'Adèle Dolin, responsable local du groupe des auxiliaires franciscaines à Port-au-Prince, avait été hospitalisée suite à un infarctus. Je savais bien qu'à un âge si avancé, 82 ans, il fallait s'attendre à des problèmes de ce genre. Il reste que cela surprend toujours.

Le 9 janvier 2010, vers l'heure du midi, j'ai reçu un autre appel d'Yvetane Casimir, responsable régionale du groupe des auxiliaires franciscaines à Port-au-Prince. Celle-ci m'annonçait la nouvelle que je ne voulais pas entendre. " Adèle est décédée ! " me dit-elle. Comme j'avais prévu de me rendre à Port-au-Prince en janvier, elle m'a dit que mes compagnes m'attendraient afin d'organiser les funérailles et régler le tout. Chose qui ne faisait pas partie de mon programme mais enfin…on n'y peut rien. J'acceptai sans hésiter car elles me font confiance.

Le 12 janvier 2010, à 4h du matin, j'ai quitté la maison de Québec en direction de l'Aéroport de l'Ancienne-Lorette. De là, je me suis rendue en avion à l'Aéroport de Dorval. Je suis partie pour Port-au-Prince à 9h50 et j'ai posé le pied en terre haïtienne à 14h20. Quelqu'un m'attendait à l'aéroport, comme à l'habitude, pour me ramener en toute sécurité à notre maison de Christ-Roi. Je suis arrivée là vers 16h. Un choc : J'ai réalisé en arrivant dans notre maison qu'Adèle n'était plus avec nous. À ce même moment, une grande tristesse m'envahit et des larmes se mirent à couler sur mes joues. Une fois ressaisies, mes compagnes et moi, nous nous sommes réunies afin de décider ce que nous ferions pour Adèle. L'église Christ-Roi serait l'endroit où les funérailles auraient lieu. Ensuite, nous avons choisi, pour la cérémonie religieuse, les chants, ceux qu'Adèle préférait naturellement, les textes, les intentions de prières. Quand tout fut finalisé, j'ai décidé d'aller me rafraîchir un peu dans ma chambre, de me changer de vêtements, de défaire mes valises et de ranger le tout. Quand cela fut fait, je suis descendue et je me suis assise sur la galerie pour relaxer. C'est à ce moment-là que j'appelai Gisèle Boivin, une autre auxiliaire franciscaine, qui vit aux Saules, pour lui dire que j'étais bien arrivée à Port-au-Prince et en même temps pour la mettre au courant des funérailles d'Adèle. Pendant que je lui parlais, la maison s'était mise à vibrer. J'ai aperçu comme une pluie de sable et je ne voyais plus rien. Je me demandais ce qui ce passait et c'est là, que je me suis ramassée par terre. Je me suis mise à crier de toutes mes forces : " Yvetane, Yvetane ! " Elle aussi avait fait une chute. Comme j'étais sous le choc et ma compagne aussi, ce sont deux jeunes hommes qui ont traversé et qui m'ont aidée à me relever. J'ai ressenti une forte douleur au côté et j'avais mal dans un bras. Je ne me suis pas attardée à ces malaises. Mes yeux se tournèrent plutôt vers notre maison. Même si notre demeure ne s'était pas écroulée, il était trop dangereux pour nous d'y pénétrer car il y avait plein de fissures. Plus question de vivre à l'intérieur de celle-ci ! Comme la communication avec Gisèle avait été interrompue, je me décidai de la recontacter. Lorsque je l'ai eu au bout du fil, je lui ai expliqué ce qui s'était passé et j'ai ajouté, de ne pas s'inquiéter. Difficile à croire : les gens étaient tous dans la rue; ils criaient, pleuraient, priaient et chantaient des cantiques à Maman Marie, à Papa Bon Dieu. Même si tous ces gens étaient dans la rue, ils n'oubliaient surtout pas de remercier Dieu. Les gens en Haïti ont une grande foi, une foi forte. De plus, ils sont très pratiquants. Toute la nuit, de petites secousses furent ressenties. Quelle épreuve pour ce peuple ! Moi, je les trouve tellement courageux ! Je n'en reviens toujours pas. Vers 2h du matin, deux garçons sont arrivés avec un matelas et un drap qu'ils avaient réussi à extirper de notre maison. C'était pour moi, pour me permettre de me reposer un peu. Mes compagnes connaissant mes problèmes de santé s'occupèrent de moi. Mais comment voulez-vous dormir après avoir vécu une catastrophe semblable! Ces mêmes jeunes avaient sorti mon sac à main avec mes médicaments et quelques autres petits articles qui étaient restés dans ma chambre. Geste que j'ai vraiment apprécié!
Dans nos prières, une grande demande est faite à Notre-Dame du Perpétuel-Secours : c'est de protéger Haïti.

Le 13 janvier, mercredi, nous sommes demeurés toute la journée dans la rue. Les gens circulaient avec des blessés sur des brancards. Ils transportaient aussi des hommes, des femmes et des enfants qui avaient perdu la vie dans ce séisme. Ils pleuraient, gémissaient, se jetaient par terre et faisaient de grosses crises. J'étais touchée profondément par toute cette souffrance qui habitait ce peuple ! Marianise, une de mes compagnes, m'avait apporté une tranche de pain et une tranche de fromage. Rien de frais vous savez ! Yvetane, elle, un peu d'eau. J'ai apprécié ce que j'avais à manger et à boire. Le soleil était ardent et il faisait 33 degrés. Quand nous voulions quelque chose qui était à l'intérieur de notre maison, nous n'avions qu'à le demander à Jacques, un garçon qui vient à notre aide, et lui, il s'empressait d'y aller. Jeune homme très serviable! À 14h, Édith, une autre compagne habitant Turbé, arriva. Elle avait fait le trajet à pied afin de venir voir dans quel état nous étions et comment nous nous organisions. Je lui ai exprimé mon désir de partir avec elle mais elle savait que je ne pourrais faire ce trajet à pied; alors, elle refusa. Elle me promit d'essayer de trouver une voiture afin de me transporter jusqu'à Turbé. À 16h30, Édith est revenue en voiture et elle m'a dit de monter immédiatement. Offre que je n'ai pas refusée! J'étais tellement contente. J'apportai avec moi ce dont je croyais avoir besoin : surtout mes médicaments. Je suis donc partie avec Édith. Nous avons roulé pendant 1h30. Toutes ces images défilaient sous nos yeux! Édifices publics, hôtels, magasins, boutiques et maisons effondrés…et puis, tous ces cadavres gisant sur le sol…et encore, tous ces hommes, ces femmes, ces enfants, blessés lors de la catastrophe, se lamentant…ces tout petits criant papa, maman! Que vont devenir tous ces êtres humains survivants? Vont-ils être secourus, soignés à temps? Que Dieu leur vienne en aide ! À 17h, nous sommes arrivés à Turbé (Croix-des-Bouquets). J'étais soulagée et je me sentais en sécurité. Bénilia et Emma m'ont accueillie avec un large sourire. Nous avons jasé quelques minutes. Ensuite, je suis allée me reposer un peu dans une chambre et puis, je me suis réfugiée dans la chapelle car il fallait absolument que j'adresse à Dieu tous mes remerciements et toutes mes demandes. J'ai tenté de rejoindre Gisèle Boivin, à Québec, mais je n'ai pas pu car les lignes étaient coupées ou non disponibles. Nous vivions toujours dans la crainte qu'un autre séisme survienne! Va-t-il y avoir d'autres secousses? Alors, nous avons décidé de passer la nuit dehors.

Le 14 janvier, j'ai pu prendre un bon café chaud. Ouf! Cela m'a fait du bien ! Édith était partie pour Port-au-Prince avec un taxi moto pour aller chercher mes vêtements. Elle est revenue à 17h. Les routes cahoteuses et brisées par le tremblement de terre, jonchées de cadavres, n'ont pas rendu le voyage facile. Je l'ai remerciée car elle a fait tous ces efforts pour moi. J'ai pu par la suite rejoindre par téléphone ma compagne aux Saules, Gisèle Boivin. Je lui ai parlé et j'ai pu jaser aussi avec M l'abbé Léopold. Cela m'a fait du bien et a remonté mon moral. Tant qu'à eux, ici, au Canada, ils étaient inquiets de moi, vu qu'ils n'avaient pas eu de nouvelles depuis ce fameux soir. Ils se souciaient de ma santé. J'ai trouvé le temps long et pourtant cela ne faisait que trois jours que j'étais en Haïti. Il fallait que je me débrouille pour aller à l'Ambassade Canadienne. Pas de voiture car les gens qui en avaient une voulaient économiser leur essence. Ce qui est normal car l'essence se faisait rare et le prix était augmenté. Un peu d'eau à boire et pas de nourriture! J'ai tenu le coup, comme on dit souvent au Québec. Je suis allée prier à la chapelle car je n'avais pas le cœur à lire. J'étais préoccupée par le fait de ne pas avoir de véhicule pour me rendre à l'Ambassade. Je désirais tellement revenir dans mon pays et ce, le plus tôt possible.

Je n'ai pas oublié l'Île-À-Vache. L'orphelinat où Flora Blanchette et nos chers orphelins habitent n'a pas été touché par le séisme. Ils ont ressenti le tremblement de terre. Cependant, il n'y eut aucun dommage. Heureuse de cette nouvelle : un fardeau de moins à porter! Bien sûr, que suite à tous ces événements, le prix des denrées alimentaires, de l'essence sera plus élevé. La Banque des Cayes où Flora a l'habitude de faire ses transactions était ouverte alors il sera facile de lui faire des transferts d'argent. Cet argent provenant de vous, cher bienfaiteur et chère bienfaitrice Merci Papa Bon Dieu!

Le soir même, tous réunis, adultes et enfants, nous avons prié et imploré maman Marie de nous venir en aide et de venir en aide aussi à Haïti. Pauvre Haïti! Ensuite, nous nous sommes couchés tous ensemble dans la cour car nous trouvions qu'il était plus prudent d'agir ainsi. Les haïtiens remerciaient Maman Marie, Papa Bon Dieu. Je n'en revenais tout simplement pas. Est-ce que nous serions capables de remercier Dieu après une telle catastrophe! Je ne le sais pas…

Le 16 janvier, à 2h du matin, une annonce nous a été faite : trois groupes de 100 personnes quitteraient Port-au-Prince en direction du Canada. Lorsque chacune des personnes était nommée, nous devions monter immédiatement dans l’autobus. Imaginez-vous un instant, j’étais dans tous mes états, je fus nommée la dernière. Ouf! Je me suis comptée chanceuse, terriblement chanceuse d’être dans ce groupe. À 2h30, nous sommes tous partis pour l’aéroport, en autobus. Nous avons laissé nos valises bien identifiées à l’Ambassade. Une fois rendus à l’aéroport, les responsables de l’armée nous font attendre pendant 1h30. Je n’en pouvais plus. J’étais vraiment épuisée. À 4h, ce fut l’embarquement. Moi, j’ai eu le privilège de faire le voyage assise sur un banc car j’ai un problème à un genou. Tant qu’aux autres passagers, ils en font asseoir par terre. Les gens voulaient tellement sortir de Port-au-Prince que faire le voyage assis par terre cela ne les dérangeait pas du tout. Le départ fut retardé car il fallait attendre un autre groupe de 120 personnes qui se joindrait à nous. Enfin à 4h45, les portes se sont fermées et nous sommes partis. Quel bruit infernal! Des bouteilles d’eau nous ont été données pour assouvir notre soif. À 10h, nous avons fait escale aux États-Unis afin de faire le plein d’essence. À 10h45, nous sommes repartis en direction de Montréal. À midi, nous sommes arrivés à l’aéroport de Pierre Elliot Trudeau. La Croix-Rouge nous a pris en charge et nous a ramené en autobus au bureau des douanes et par la suite, à l’Hôtel, sur le terrain de l’aéroport où des proches nous attendaient.

 

Merci Bon Dieu.

Merci Notre-Dame du Perpétuel-Secours de m’avoir protégé et

de m’avoir permis de m’en sortir vivante.

 

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MERCI DE NOUS AIDER À LES AIDEZ!

Huguette Paradis a.f.

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